Une origine difficile à retracer

Dans ce petit pays qu'est la Belgique, l'histoire du chocolat n'est presque jamais mentionnée. Fait surprenant puisque de nos jours la Belgique, connue entre autres pour sa bière, ses gaufres mais aussi pour être la capitale de l'Union européenne, est généralement associée au chocolat. De l'introduction en Europe de cette boisson aztèque concoctée à partir de fèves de cacao à l'indépendance du pays en 1830, il est vrai que la Belgique a connu de nombreux occupants tels que l'Espagne, la France et plus récemment les Pays Bas dont les histoires se sont mêlées à celle de la Belgique brouillant quelque peu les cartes. On peut seulement supposer que ce sont les Espagnols, souverains du vaste territoire des Flandres, comprenant la Belgique moderne, et porteurs du savoureux nectar sur le continent, qui l'ont introduit dans cette région. C'est également à la même époque que le chocolat a vu sa popularité s'accroitre à travers toute l'Europe. Ce que nous savons avec certitude, c'est que dès 1697 les habitants de la ville de Bruxelles se délectaient de la concoction. L'anecdote racontée à l'époque sur la Grand Place de Bruxelles était que le maire de Zurich, Henri Escher, ayant bu sa première tasse de chocolat chaud en fut tant épris qu'il fut le tout premier à exporter la fameuse recette en Suisse.

Le début d'une industrie

Dès son arrivée sur le marché Belge, le chocolat fut considéré d'emblée comme le cadeau à offrir. La tendance alla en s'accentuant lorsqu'en 1840 une entreprise belge se mit à commercialiser pour la première fois le chocolat sous forme de tablettes, pastilles et figurines. Vers la fin du XIXème siècle, la Belgique, sur la voie de l'indépendance, acquit une identité politique et économique et l'industrie du chocolat connut alors un essor formidable. L'acquisition du Congo Belge représenta un apport considérable facilitant l'accès aux plantations de cacaotiers africaines. La plupart des fabricants de chocolat belge continuent d'utiliser les fèves de cacao en provenance d'Afrique, considérant qu'elles ont une saveur plus forte et plus de bouquet que les fèves plus douces d'Amérique du sud préférées par les producteurs américains.

Une invention à succès : la praline Belge

En parallèle à la croissance de l'industrie du chocolat, la popularité de la fève fut multipliée par 10 grâce à l'invention de Jean Neuhaus en 1912. L'artisan chocolatier belge, dont le grand-père d'origine suisse avait commencé le commerce du chocolat en 1857, fabriqua les premiers chocolats fourrés qu'il appela "pralines". Sous une couverture à base de lait froid ou de chocolat blanc, Jean Neuhaus eut l'idée de mettre du nougat ou des crème aux gouts variés. Rares sont les chocolatiers de son époque qui ont réussi à copier les saveurs complexes de ses pralines. Cette trouvaille fit prendre conscience à Jean et à sa femme, Louisa Agostini, du besoin d'un emballage protecteur pour préserver l'aspect de leurs délicieux nouveaux chocolats. En effet, les cônes en papiers utilisés jusqu'à présent ne les protégeaient que peu des chocs et des rayures. Ainsi naquit le ballotin. Cette boite réservée aux chocolats de qualité permit de vendre ces petites merveilles en plus grande quantité et de les conserver plus longtemps. L'esthétique d'origine du ballotin créé par Jean et Louisa est toujours toujours d'actualité en Belgique ainsi que dans d'autres pays. La praline est aujourd'hui encore le chocolat que l'on trouve le plus fréquemment en Belgique, mais on se doit de remarquer que les fourrages ont progressé en qualité. Certains chocolatiers se spécialisent dans des fourrages spécifiques comme le chocolat Manon, fourré de crème ou de beurre et parfois aromatisé au café; gianduja, une pâte faite de noisettes pilées ou d'amandes grillées mélangées à du sucre blanc et du beurre de cacao ou du chocolat; ou praliné, un mélange d'amandes grillées ou de noisettes avec également du beurre de cacao ou du chocolat. Vous pouvez également trouver d'autres fourrages à base de café, de noisette, de fruits, etc...

L'exception Belge

Aujourd'hui la Belgique produit annuellement 172 000 tonnes de chocolat de couverture dont presque 70 500 tonnes sont consommées à l'intérieur même du pays. Le reste est exporté dans le monde entier. Les conditions de stockage avant utilisation du chocolat de couverture favorisent les artisans belges par rapport aux autres chocolatiers. En effet le procédé de fabrication prévoit de piler et mixer les fèves de cacao avec du sucre et du beurre de cacao puis de rendre la pâte homogène par un dosage minutieux de la chaleur lors du brassage. La plupart des chocolateries reçoivent leur chocolat sous forme solide ce qui les oblige à réchauffer la pâte afin de l'utiliser. Les choses sont différentes pour les chocolateries belges qui reçoivent le chocolat dans des containers chauffés, peu de temps après sa fabrication ce qui explique que leur chocolat garde un arome plus fort que celui ayant du être refroidi puis réchauffé.

Combat pour le maintien d'une certaine idée du chocolat

Le label "AMBAO", qui signifie cacao en swahili, désigne un chocolat de très grande qualité qui contient 100% de beurre de cacao pur. On peut trouver cette qualité certifiée de chocolat dans toute la Belgique. Ce label belge a été créé en réaction à la scandaleuse directive européenne, âprement critiquée par la France et la Belgique, et qui autorisait les fabricants de chocolat à remplacer jusqu'à 5% du beurre de cacao par une sélection de 6 types de graisse végétales. Une telle mesure était inacceptable pour les artisans chocolatiers belges et français qui, jusqu'à ce jour, ont été de fervents partisans des techniques de productions héritées de la Vieille Europe. Même si la tendance actuelle est à la mécanisation et à la production de masse, une grande quantité de la production de chocolat belge est encore faite main dans de petits ateliers qui utilisent toujours du matériel d'origine.

Le chocolat dans tous ses états

Les 2 130 boutiques de chocolats éparpillés dans tout le pays n'ont pas seulement des pralines à vous proposer. Lorsqu'il s'agit de chocolat, la Belgique a de quoi à satisfaire le goût de tout un chacun. Vous pouvez visiter les musées du chocolat, prendre la route des chocolats ou assister au défilé de mode du chocolat, défilé qui marque l'ouverture de l'exposition annuelle dédiée aux aromes café, thé, chocolat à Bruxelles où vous pourrez également voir une voiture taille réelle faite de 800 kilos de chocolat belge! Le festival du chocolat le plus récent, le Choco-Laté a rendu hommage à cette obsession nationale, tenant portes ouvertes à Bruges en 2006 ainsi qu'en avril 2007. Les accros au chocolat réunis se sont délectés d'informations gourmandes ainsi que d'une dégustation de mets variés dont la composante principale était bien évidemment le seul et unique ingrédient qui les a rassemblés en ce lieu: le chocolat. Les enfants peuvent s'adonner à des activités sur le thème du chocolat ou apprendre à peindre avec, pendant que les adultes s'initient à la sculpture ou la peinture corporelle. Expositions d'oeuvres d'art réalisées en chocolat et films présentant le chocolat font également partie du programme. Si vous vous tenez à la sortie de la salle de projection, vous pourrez entendre l'exclamation unanime "Je n'avais aucune idée qu'on pouvait faire ça avec du chocolat!".

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